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Peillon a trouvé sa Princesse de Clèves : les langues mortes - Esteban Piard (étudiant en lettres), Rue89, 29 juin 2013

lundi 1er juillet 2013, par Clèves, princesse(s)

Quand on parle éducation, il est des sujets qui font la une : Faut-il quatre ou quatre jours et demi de cours en primaire ? Doit-on faire des zones de vacances en été ? Ces sujets concernent, en effet, chaque parent inquiet de savoir quoi faire de ses enfants.

Il est, bien évidemment, important de réfléchir à ces questions, mais elles occultent hélas cette annonce récente qu’aucun média n’a relatée, une mise à mort dans les règles de l’art par le ministère Peillon. On voudrait supprimer le latin et le grec à l’école qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

La fin des cours de latin faute de profs

Il y a quelques semaines, le ministère de l’éducation nationale dévoilait le projet de décret pour les nouveaux Capes. Qu’y trouvait-on à la section « Lettres » ? Ni plus ni moins que la suppression du Capes de lettres classiques, au profit d’un « Capes lettres » fourre-tout et occulte à deux options.

Le ministère nous a rassurés (si tant est que cela fût possible) : point de disparition, des postes distincts, une modernisation de la filière, une revalorisation de ces disciplines en perdition.

Alors des voix se sont élevées. Celles d’enseignants de lettres classiques qui, chaque jour, essaient d’inculquer quelques éléments de cette indispensable culture à des élèves davantage intéressés par la publicité et leurs téléphones ; celles d’étudiants de lettres inquiets pour leur avenir alors qu’ils sont – encore – pleins d’idéaux. Mais que pèsent ces voix venues d’en-bas face à l’indifférence générale ? Bien peu de choses.

Ce projet de décret signe la mort des cours de latin et grec faute de professeurs recrutés pour ces disciplines. Certes, la filière souffre d’un déficit de candidats et les résultats d’admissibilité de la session 2013 du Capes de lettres classiques parlent d’eux-mêmes : 108 admissibles pour 200 postes initialement offerts, mais ces mêmes candidats, n’attendent-ils pas un message fort du ministre ? Qu’ils continuent d’attendre, s’ils décident de poursuivre des études de lettres classiques avec peu de débouchés.

La sécurité routière passe avant Ovide

Vincent Peillon a trouvé sa Princesse de Clèves ; c’est un agrégé de philosophie qui détruit l’enseignement des langues anciennes.

La solution n’est certainement pas de se passer de ces professeurs dans cinq ou dix ans – le temps que l’on supprime les deux options en un coup de décret sans risquer de susciter de réactions – mais bien de redonner toute sa place à la culture gréco-latine dans l’enseignement.

Les « langues et cultures de l’Antiquité » ne sont pas des outils élitistes, elles permettent au contraire l’émancipation des classes populaires qui accèdent à cette culture commune, creuset de notre société fraternelle et solidaire. Que faire quand, donnant un terme en latin à des élèves de seconde générale, aucun n’est capable de me répondre ?

« Qu’on confine ces élèves dans la médiocrité », semble nous dire le ministère. Ce n’est pas grave s’ils ne peuvent pas comprendre les Catilinaires ou L’Art d’aimer, tant qu’ils assistent aux ateliers de prévention sur les drogues et la sécurité routière.

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