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Stéphane Bern, nouvel « ambassadeur » pour le Val-de-Loire, ou l’Histoire par les nuls - La rotative, 2 octobre 2017

vendredi 6 octobre 2017, par Moumoute

La région Centre-Val de Loire, par le truchement de son président, François Bonneau, a fait de Stéphane Bern « l’ambassadeur de la Renaissance » aux côtés du Comité de pilotage qui doit organiser en 2019 la célébration des 500 ans de la Renaissance.

« Le Centre-Val de Loire réinvente ses Patrimoines !  » Si l’on en croit le carton d’invitation à la conférence de presse que doit tenir aujourd’hui François Bonneau, le président de la Région Centre-Val de Loire [1], le rayonnement patrimonial, devenu outil politique loin de toute cohérence historique, est bien un des leitmotivs de nos édiles. Entre l’anniversaire des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci et de la naissance de Catherine de Médicis, sans oublier la célébration de la pose de la première pierre du château de Chambord, l’année 2019 s’annonce bling-bling pour l’événementiel régional. De quoi «  lancer une dynamique exceptionnelle mêlant patrimoine ; culture ; sciences ; art de vivre ; jardins ; architecture ; numérique et économie ».

Bien sûr, les rabat-joie ergoteront sur la haute volée du comité de pilotage dans lequel nous trouvons des hommes politiques et des gestionnaires ou propriétaires de châteaux, mais aucun historien. On pourrait en effet imaginer qu’un événement de ce type demanderait un semblant de garantie intellectuelle et scientifique, pour assurer une logique d’ensemble. Mais plutôt que d’inviter des historiens au sein de son comité de pilotage, la Région a préféré s’assurer les services d’une personnalité de renom : Stéphane Bern, qui a été intronisé pour l’occasion « ambassadeur des 500 ans de la Renaissance en Centre-Val de Loire  ».

Stéphane Bern, ou la modernité est un archaïsme à la mode

Évidemment, l’omniprésent Stéphane Bern sait ce qui est bon pour nous et s’en explique, quitte à embrasser sans scrupules une conception arriériste et tendancieuse de l’histoire :

« On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Si vous voulez toucher 5 millions de personnes, vous ne pouvez pas faire de la dialectique historique. Je suis persuadé que ce qui rend l’histoire accessible, c’est que vous retrouvez les passions humaines, l’amour, le sexe, le pouvoir et l’argent. Les gens ont besoin de s’identifier. C’est juste une porte d’entrée mais j’ai conscience que c’est parcellaire. » [2]

Parcellaire ? C’est le moins que l’on puisse dire ! Entre châteaux et monastères, intrigues de salon et coucheries sur divan de soie, la porte d’entrée choisie tient plus du voyeurisme que de l’histoire.

Et les soirées de l’ambassadeur promettent ! Adepte des monuments de prestige et de l’histoire linéaire, ne se cachant pas d’aimer l’Ordre et la Monarchie, Stéphane Bern (avec ses homologues Franck Ferrand, Dimitri Casali ou encore Lorànt Deutsch) joue sur la nécessaire simplification médiatique pour verser dans le roman national. Un roman national forcément conservateur, d’ailleurs [3]. Sans aucune méthodologie et avec bien peu de scrupules dans le choix des thèmes qu’ils présentent au grand public, ces médiateurs sont véritablement des « militants réactionnaires au sens propre  » :

Parce qu’ils valorisent un passé idéalisé et fabriqué contre ce qui leur déplaît dans le présent ; mais aussi réactionnaires dans leur conception de l’histoire ; ils négligent tous les subtils progrès d’un champ de recherche qui n’a cessé de s’ouvrir. [4]

Vision étriquée, nationaliste, conservatrice, fantasmatique des faits historiques, histoire spectacle rétrograde... les mots ne manquent pas aux historiens qui ont un peu réfléchi à leur sujet pour qualifier ces nouveaux propagandistes, plus adeptes des légendes noires, des stéréotypes et des fausses évidences que de la discussion historiographique ou tout simplement de l’histoire un peu scientifique et sérieuse [5]

En plein dans le Centre

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[1Ledit carton est disponible sur le site de l’AFP.

[2Interview sur le site de Libération

[3Voir à sur ce point : Suzanne Citron, Le mythe national : L’histoire de France revisitée, 2008 (réédition. 2017), Les Editions de l’Atelier.

[4Propos tenus par Nicolas Offenstadt (auteur de L’Histoire bling bling – Le retour du national, en 2009) dans la préface du livre de William Blanc, Aurore Chéry, et Christophe Naudin Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson : la résurgence du roman national, éditions Libertalia, 2016.

[5Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à jeter ça et là des coups d’œil sur les réactions qui fusent depuis quelques jours à propos de la nomination de Stéphane Bern par Emmanuel Macron..